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AFPA: stop ou encore ?

par Jean Yves L'ANTON

 2017 s’annonçait comme l’année des tous les espoirs pour l’Association pour la Formation professionnelle des Adultes. Malheureusement, les nuages s’accumulent au point que beaucoup commencent à douter de l’intérêt de maintenir ce dispositif sous perfusion. Tour d’horizon…

Petit rappel.

L’AFPA est, ou plutôt était, l’Association nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes. Elle a été créée au 20ème siècle pour répondre aux besoins de main d’œuvre qualifiée de notre pays à la sortie de la 2ème guerre mondiale. L’AFPA était, en quelques sorte, le bras armé du ministère du travail pour les politiques de formation des adultes. L’association, gérée de façon très centralisée depuis Paris, puisait ses ressources dans le budget de l’Etat.

Depuis les années 2010, dans le cadre de la régionalisation, les régions ont dans leurs nouveaux champs de compétences la formation professionnelle.  L’AFPA, auparavant assurée d’un budget stable et protégé, est donc, de fait, soumise aux lois du marché. Elle doit répondre aux appels d’offres et vivre dans un milieu concurrentiel.

Malgré de nombreux plans d’adaptation, de fondation, de refondation et contrairement à d’autres dispositifs, l’AFPA, n’a pas pris le tournant du 21ème siècle et peine à justifier son utilité sociale dans une gestion équilibrée.

Sauvée par le gong…

Ces dernières années, l’Etat a constamment soutenu l’AFPA et a aidé à son changement statutaire. Au 1er janvier 2017, l’Association est devenue un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) dénommé Agence pour la formation professionnelle des Adultes et bénéficiant de la « garantie illimitée de l’Etat ».

Les centres et autres locaux dans lesquels l’AFPA exerçait ses pratiques appartenaient à l’Etat qui a attribué à la nouvelle agence un patrimoine immobilier d’une valeur estimée à près d’un demi-milliard d’euros.

Si ce changement de statut et la dévolution du patrimoine ont permis d’éclaircir le paysage dans lequel évolue la nouvelle agence, il n’a cependant pas solutionné la question de son modèle économique comme l’a souligné, par deux fois, la Cours des comptes.

AFPA : un prestataire « comme les autres »

Les régions se sont rapidement organisées pour répondre aux besoins des territoires et procèdent à des appels d’offres, conformément à la législation, qui mettent en concurrence tous les opérateurs sur des contenus de formations normés. Les organismes de formation sont en général en force de proposition, voire d’initiatives en amont de ces procédures.

Dans ce contexte l’AFPA est perçu comme un opérateur commun. L’agence apparaît, pour beaucoup, comme une structure monolithique avec de fortes difficultés à écouter, proposer, innover et anticiper au plus proche des besoins, bref  à être une entreprise de son temps.

La dure réalité du marché s’impose donc pour l’agence autrefois considérée comme l’interlocuteur majeur, pour ne pas dire unique de l’Etat en matière de formation.

 

Quand l’un réussit sa mutation et l’autre pas

L’exemple de la situation actuelle de la délégation AFPA des Pays de la Loire témoigne de ce déclin. L’AFPA Pdl a répondu à un appel d’offres de la Région et n’a pas été retenue sur les lots dont elle était attributaire par le passé. La perte est importante car elle avoisine les 10 millions d’euros (sur 13) Selon la  CFDT (1), 110 emplois seraient menacés, au point que les représentants syndicaux (2) s’interrogent sur un « accompagnement collectif » (PSE, licenciements ?) ce qui pourrait placé l’Etat, et plus particulièrement le ministère du travail, dans une situation bien inconfortable.

C’est le GRETA, une émanation de l’Education nationale, qui avait été restructurée il y a quelques années qui a remporté, en majorité, les marchés. Il y a un hic, un tout petit rien, le GRETA, par ailleurs bien connu pour l’excellence de ses prestations, est membre du service public de l’emploi…comme l’AFPA.

La situation est donc paradoxale. Deux dispositifs d’éducation fortement liés à l’Etat se trouvent en concurrence sur des marchés publics régionaux. L’un affiche sa souplesse pour ne pas dire sa vigueur tandis que l’autre échoue. De là à dire que l’un a réussi son adaptation alors que l’autre interroge toujours et encore…

Selon nos informations, l’agence serait en grande difficulté dans d’autres régions. Ainsi en Auvergne Rhône Alpes, l’AFPA aurait perdu un marché de 14 millions d’euros (sur 20)

Le changement, c'est maintenant...

Se pose aujourd’hui la question de fond de l’intérêt pour l’Etat de soutenir un dispositif comme l’AFPA, dans sa géométrie actuelle, dans la mesure où toutes les solutions mises en place pour lui permettre de fonctionner dans ses missions ont échoué.

Affaire à suivre..

 

 

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